Bio

[mis à jour en mai 2019]

Bruno Massé est géographe, écologiste et spécialiste des mouvements sociaux. En tant qu’écrivain, il s’intéresse à la révolte, aux créatures de la nuit et à la chute de la civilisation industrielle.

Une bio trop longue? Let’s go.

La confusion multidisciplinaire

Mettons quelque chose au clair: j’ai plusieurs vocations qui m’amènent sur l’espace public : recherche, littérature, activisme, et cela crée parfois de la confusion. Vous êtes peut-être venu ici pour mes recherches académiques, et là vous découvrez que j’ai écrit des romans weirds, puis que j’ai des opinions sur plein de trucs qu’on s’en fout, et sincèrement, y’a de quoi se gratter le menton.

Disons que je suis scientifique social en plus d’activiste écologiste, et que mes intérêts se chevauchent parfois, ce qui m’a permis d’être à la fois un organisateur communautaire pour des groupes écologistes et d’étudier sérieusement le mouvement environnemental.

Or, mes soirs et mes nuits ne sont pas faites de statistiques et de pamphlets, et la fiction est devenue ma façon de sortir du cadre, tantôt pour explorer les frontières de la nature humaine, tantôt pour illustrer la révolte, toujours pour tracer la géographie du chaos et communiquer la réalité de façon sentie. J’habite le crépuscule de la société industrielle, simultanément cynique et fasciné.

Avec une plume noire.

Et j’écris.

(Dramatique, non?)

Mon parcours

Je suis né en 1982 dans un petit village des Laurentides, dans une famille modeste. Ce coin touristique m’a prédestiné à la révolte et la poésie, le choc avec la réalité et l’envie de la transformer. J’ai depuis fait mon chemin d’une marre à l’autre pour m’échouer sur les plages contaminées de Laval, puis Québec, Montréal et maintenant Gatineau.

Devenu technologue forestier pour fuir la ville, j’ai ensuite poursuivi bacc et maîtrise en géographie [sociale] où mon mémoire, l’Écologie radicale au Québec, fut reconnu comme un ouvrage de référence. Après dix ans de militance en environnement, je suis devenu coordonnateur général du Réseau québécois des groupes écologistes (2010-2016) pour défendre et représenter les quelque 80 groupes écologistes autonomes du Québec. À ce titre, j’ai occupé la présidence du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (2013-2015) pour représenter les quelque 60 autres regroupements d’organismes, donc environ 4 000 groupes communautaires et 11 000 travailleurs-es.

Pendant ce temps, je suis resté un chercheur sur les mouvements sociaux en publiant de nouveaux articles dans Nous sommes ingouvernables (Lux) et Angles Morts, différents regards sur le zombie (XYZ), puis un article dans le Dictionnaire de la pensée écologique (PUF). J’ai également coordonné le projet 30 ans au RQGE, menant au livre de Philippe Saint-Hilaire qui offre une des meilleures contributions à la compréhension du mouvement environnemental québécois. Enfin, avec Philippe et Jacinthe Leblanc, nous avons produit le Portrait des groupes écologistes communautaires, une nouvelle œuvre de référence sur le mouvement environnemental québécois.

J’ai complété ma scolarité avec un diplôme en pédagogie postsecondaire, puis un diplôme en administration publique à l’ENAP. Entre 2014-2018, j’ai été enseignant de géographie et de méthodologie en sciences humaines aux cégeps Marie-Victorin et Édouard-Montpetit.

Après avoir déménagé en Outaouais, j’ai travaillé comme consultant en analyse territoriale pour le Conseil de la Nation Atikamekw, puis agent de recherche à l’Université du Québec en Outaouais.

(Mon CV est plus clair que ça)

Les romans

J’ai passé dix ans dans la littérature underground, au sein du milieu anarchiste: des années de caféine, de tourmente et de joie subversive. L’Aube noire (2005), rédigé en Irlande, était inspiré des événements du Sommet des Amériques de Québec. Publié avec le collectif artistique La Forêt noire et réédité deux fois depuis, c’était un premier départ incendiaire. The Noxious and the Daemon Flower (2007) fut un premier roman anglais, une expérience cryptique de fiction nihiliste témoignant des difficultés liées à la précarité, la révolte sociale et la répression politique… et un suicide commercial. Necropolis (2012), peut-être mon œuvre la plus ambitieuse, se voulait le premier d’une trilogie postapocalyptique gothique (The Malice Cycle). Après trois ans de travail, j’ai décidé de mettre ma carrière d’écrivain anglophone en hiatus, non sans avoir terminé Necropolis et l’avoir publié en license creative commons.

La série des Carpates (2012-2014) marque un détour de trois ans dans la littérature érotique et un point marquant pour ma carrière d’écrivain. La série m’a permis de sortir de l’underground avec Valacchia (2012, Guy Saint-Jean), un tirage ambitieux et un rayonnement dans la francophonie. J’ai tenté de contribuer au genre de la littérature érotique par des codes pro-féministes, non hétéronormatifs, essayant de créer, par la positive et la légèreté, une sorte d’anti 50 Shades.

Le Jardin des rêves (2013, Guy Saint-Jean) succède et quoiqu’acclamé par la critique, l’éditeur se recentre et choisit de ne pas poursuivre. Une nouvelle et un manuscrit étaient quand même complétés, alors j’ai choisi de publier moi-même la nouvelle Strigoiaca (2014) et Le cirque diabolique (2014) pour conclure la série et ce chapitre de ma vie littéraire. En rétrospective, la série des Carpates aura été un défi monstrueux, de merveilleuses collaborations et  je rêve à une édition complète pour les dix ans de Valacchia. Emphase sur le mot rêve.

M9A. Il ne reste plus que les monstres (2015, Sabotart) constitue un retour à une fiction révoltée. Le roman cyberpunk trace un paysage cauchemardesque d’un Québec des années 2050 en explorant les conséquences du changement climatique, de l’extractivisme, de la répression politique et des inégalités sociales extrêmes. Malgré les moyens limités d’un éditeur engagé et autonome, le roman chemine dans le réseau des librairies indépendantes et reçoit une nomination au prix Jacques-Brossard de la science-fiction et du fantastique, dévoilée au Congrès Boréal 2016.

Un nouveau chapitre s’annonce avec l’éditeur Québec Amérique. Creuse ton trou (2017) est un roman d’anticipation où se croisent la nordicité, le lobbyisme et l’extractivisme minier. Un lobbyiste brisé arrive dans un village également brisé pour retrouver un prospecteur disparu. À mi-chemin entre Twin Peaks et Trou Story, l’étrangeté du 50e parallèle au rythme de l’effondrement de la civilisation industrielle. À mon agréable surprise, des critiques favorables ont paru dans le Journal de Montréal, le Devoir, Radio-Canada et TVA.

Si Creuse son trou est connu pour son humour, j’ai eu envie de pousser le style à son comble pour le prochain morceau de pavé. Dans Buzzkill (Québec Amérique, automne 2019) on assiste à l’effondrement de la civilisation industrielle du point de vue des spectateurs passifs, des hipsters qui sirotent leurs drinks et textent pendant que tout s’écroule. Variation sur un seul thème exaspéré par une spirale vertigineuse vers le fond, Buzzkill est une drôle de créature : à la fois comédie d’horreur, réflexion sur l’hyperréalité et les médiations technologiques, regard sur la fuite dans notre société et enfin, quelque part entre les lignes, une lettre d’amour codée à ceux et celles qui se battent pour l’environnement et la justice sociale. Un peu de glam avant le dernier bang. Rire, surtout.

Et à l’hiver 2020 paraîtra mon premier essai longue-forme, La lutte pour le territoire québécois (nom de travail). M’inspirant de mon expérience de militant et mes recherches sur le mouvement environnemental, La lutte se traduit par un procès de l’extractivisme québécois, un portrait inédit du mouvement environnemental, une critique du développement durable et un plaidoyer pour une transition économique et écologique. Cela fait des années que j’accumule les données, les éléments de réflexion critique et les anecdotes et j’ai enfin eu le temps de coucher ces travaux dans un format accessible, avec la rigueur (presque) d’un travail académique mais sans la lourdeur, avec le ton humoristique de mes romans, bref, c’est comme si on prenait un café ensemble.

Ouais.

Mais tout cela représente bien mal la réalité, comme si j’avais été seul tout ce temps-là, comme s’il n’y avait personne pour relire, personne pour illustrer, corriger, épauler, discuter! Mes romans sont toujours issus d’une vie (artistique, intellectuelle, sociale) collective, par exemple au Bloc des auteurs-es anarchistes où nous avons organisé plus de 20 cabarets micro-ouverts à travers le Québec, au Festival international de théâtre anarchiste de Montréal où j’ai monté six pièces, puis au festival de théâtre anarchiste expérimental les Entractes. J’ai eu le plaisir de travailler avec différentes équipes à travers trois maisons d’éditions, et je ne serais pas très loin sans ces personnes talentueuses qui ont osé croire dans ma folie. Et je ne serais nulle part sans mes lecteurs-trices, mes camarades, mes amis-es: je vous dois tout.

Ma démarche

Je partage la conviction d’Émil Cioran qu’un livre doit être dangereux, doit tout remettre en question. Tant qu’à cracher des centaines de milliers de mots, les écrivains-es ont une responsabilité de justifier leur existence. À quoi sert-on? Quoique j’aime la langue, en tant que géographe – et disons, en tant qu’humain – la littérature pour moi a toujours été un moyen à une fin. Et même si les livres de recette et les médiocres dominent le marché, je persiste dans l’exploration littéraire d’une nature humaine sensée. Ce qui m’intéresse, c’est l’immédiateté: la révolte, le désir, la liberté. L’immédiateté, mais dans un contexte (politique, économique) où les territoires sont marchandisés, dépossédés, et de plus en plus, résistent.

Oui, je suis un écrivain engagé, mais faut-il lire par-là, « plate à mort »? Quoi, on va se sentir coupables, encore? Fuck that. Non: plutôt que de se bombarder avec de longs manifestes aseptisés, nous traçons ensemble le grand détour dialectique des passions, de la colère, du vécu radicalement honnête en opposition aux forces répressives, pour finalement rejoindre la construction d’une liberté collective ou, pour citer Adorno, « la réactivation de nos origines ».

Ça décape. C’est sensible, parfois. Mais surtout, ça arrache. Ça veut arracher. Il le faut. Ce qui compte, pour reprendre l’écrivain Karl Kraus, n’est pas tellement ce qu’on amène, mais ce qu’on détruit. En ce sens, ma fiction est effectivement combative, la valeur de mes écrits – des écrits de n’importe qui, en fait – est proportionnelle à la taille de ce qu’ils affrontent. C’est aussi pourquoi j’estime que tant de la production culturelle québécoise est médiocre: des livres psychopop aux humoristes douchebags et aux reality shows, la liste des distractions qui avalisent cette société polluante et inégale est longue, mais tout un univers de fiction déjantée et pertinente fourmille sous le vernis, pour les ceux-ses qui savent chercher.

Enfin, j’ai beau m’identifier comme queer et venir d’un milieu ouvrier, je tiens à reconnaître mes privilèges d’homme blanc hétéro, qui m’ont permis des avantages à travers mon parcours, et je prends cela en considération dans tous mes choix d’auteur, de chercheur, d’activiste. 

Les artistes

Dernière note sur le contenant du contenu. Le visuel n’est pas laissé au hasard et, dans la mesure où j’ai un contrôle (ce qui n’est pas toujours le cas), je prends soin de trouver quelque chose qui soit honnête par rapport au contenu même du roman, mais qui innove également et se distancie des clichés. Conséquemment, mes couvertures ont été réalisées de concert avec des artistes tels Alex Cherry, Chelsea Knight, Candace « Candylust » Barbieri, David Sénéchal, Julie Brouillard et Samantha Kayleigh Graham.

Ad nauseam

Questions, commentaires, réactions? Écrivez-moi au press [at] daemonflower [dot] com.

Bibliographie

 

Comme directeur de recherche: