Biographie

[existence en cours, mise à jour le 22 novembre 2016]

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Bruno Massé est géographe, écologiste et spécialiste des mouvements sociaux. En tant qu’écrivain de fiction, il s’intéresse à l’anarchisme, aux créatures de la nuit et à la chute de la civilisation.

Une bio, tant qu’à faire. Et bien trop longue.

Déjà la confusion

Mettons quelque chose au clair: j’ai deux vocations principales: l’environnement et la littérature. Y’a pas nécessairement de lien. Voilà, c’est dit.

Bon d’accord… il y a peut-être un lien, quelque part, vraiment loin. Si on insiste. Mais c’est complexe, et je comprends qu’il puisse y avoir confusion – souvent, on connait quelqu’un-e pour un truc et un truc seulement. À l’ère du bruit, les subtilités se perdent.

Disons seulement que le jour je m’active pour les causes sociales et environnementales et c’est parfois horriblement déprimant, alors oui, le reste de ma vie, j’entretiens d’autres intérêts comme la fiction, les romans, et m’y adonne sérieusement. J’écris autant pour fuir que pour explorer les frontières de la nature humaine, vivre le domaine des possibles, tracer la géographie du chaos avec une plume de corneille. J’habite le crépuscule de la société industrielle, simultanément cynique et fasciné.

D’où je viens

Je suis né en 1982 dans un petit village des Laurentides. Un coin touristique qui me prédestinait déjà à la révolte et la poésie. J’ai depuis fait mon chemin d’une marre à l’autre pour m’échouer sur les plages contaminées de Montréal.

Depuis 2001 je partage mon temps entre la fiction et les causes sociales et environnementales. Brièvement membre du Parti Vert du Québec, faux-bûcheron, barrista, puis chercheur universitaire, trouble-fête, chargé de cours, travailleur communautaire en agriculture urbaine, coordonnateur d’organisme puis professeur de géographie au cégep. Aussi écrivain. Est-ce que j’ai dit écrivain?

Mon parcours

Anciennement technologue forestier, j’ai terminé une maîtrise en géographie [sociale] où mon mémoire, l’Écologie radicale au Québec, est reconnu comme un ouvrage de référence. Après dix ans de militance en environnement, je suis devenu coordonnateur général du Réseau québécois des groupes écologistes pour défendre et représenter les quelque 80 groupes écologistes autonomes du Québec. À ce titre, j’ai occupé la présidence du Réseau québécois de l’action communautaire autonome pour représenter les quelque 60 autres regroupements d’organismes, donc environ 4 000 groupes communautaires et 11 000 travailleurs-es.

Pendant ce temps, je suis resté un chercheur sur les mouvements sociaux en publiant de nouveaux articles dans Nous sommes ingouvernables (Lux) et Angles Morts, différents regards sur le zombie (XYZ), puis un article dans le Dictionnaire de la pensée écologique (PUF). J’ai également coordonné le projet 30 ans au RQGE, menant au livre de Philippe Saint-Hilaire qui offre une des meilleures contributions à la compréhension du mouvement environnemental québécois.

Après avoir obtenu un diplôme en pédagogie postsecondaire, je suis devenu professeur de géographie aux cégeps Marie-Victorin et Édouard-Montpetit où j’enseigne toujours.

En parallèle, et parce qu’il le faut encore, je manifeste, je conférence, j’organise des événements et je blogue sur le Huffington Post Québec pour vulgariser des enjeux environnementaux et commenter l’actualité. Mais je préférerais m’occuper d’une forêt.

Les romans

J’ai passé dix ans dans la littérature underground – des années de caféine, de tourmente et de joie subversive – avant d’émerger en 2012. L’Aube noire (2005), rédigé en Irlande, était inspiré des événements du Sommet des Amériques de Québec. Publié avec le collectif artistique La Forêt noire et réédité deux fois depuis, c’était un premier départ en feu. The Noxious and the Daemon Flower (2007) fut un premier roman anglais, une expérience cryptique de fiction nihiliste témoignant des difficultés liées à la précarité, la révolte sociale et la répression politique. Et un suicide commercial. Necropolis (2012), peut-être mon oeuvre la plus ambitieuse, se voulait le premier d’une trilogie postapocalyptique gothique (The Malice Cycle). Après trois ans de travail, j’ai décidé de mettre ma carrière d’écrivain anglophone en hiatus, non sans avoir terminé Necropolis et l’avoir publié en license creative commons.

La série des Carpates (2012-2014) marque un point tournant à trois niveaux. D’abord,  une émergence hors de l’underground avec Valacchia (2012, Guy Saint-Jean), un tirage ambitieux et un rayonnement dans la francophonie. D’autre part, un passage dans le genre de la littérature érotique que je souhaitais révolutionner. Finalement, dans le détour d’une fiction explicitement engagée à une littérature érotique qui se distingue quand même (et donc implicitement engagée) par des codes pro-féministes, non hétéronormatifs, une sorte d' »anti 50 Shades ». Et un hommage satirique aux films d’horreur des années 1930, parce que pourquoi pas. Le Jardin des rêves (2013, Guy Saint-Jean) succède et quoiqu’acclamé par la critique, l’éditeur choisit de ne pas répéter l’expérience. Deux manuscrits étaient quand même complétés, alors j’ai choisis de publier moi-même Strigoiaca (2014) et Le cirque diabolique (2014) pour conclure la série des Carpates.

M9A. Il ne reste plus que les monstres (2015, Sabotart) marque un retour à une fiction engagée sans compromis. Le roman cyberpunk trace un paysage cauchemardesque d’un Québec fictif des années 2050 en explorant les conséquences du changement climatique, de l’extractivisme, de la répression politique et des inégalités sociales extrêmes. Malgré les moyens limités d’un éditeur engagé et autonome, le roman chemine dans le réseau des librairies indépendantes et reçoit une nomination au prix Jacques-Brossard de la science-fiction et du fantastique, dévoilée au Congrès Boréal 2016.

Mon nouveau projet de roman, Lobby. Creuse ton trou, est prévu pour l’automne 2017 aux Éditions Québec Amérique. C’est un roman d’anticipation où se croisent la nordicité, le lobbyisme et l’extractivisme minier. Un lobbyiste brisé arrive dans un village également brisé pour retrouver un prospecteur disparu. À mi-chemin entre Twin Peaks et Trou Story, l’étrangeté du 50e parallèle au rythme de l’effondrement de la civilisation industrielle. Je crois que le projet témoignera de mon évolution en tant qu’écrivain et en tant que personne.

Mais tout cela représente bien mal la réalité, comme si j’avais été seul tout ce temps-là, comme s’il n’y avait personne pour lire, personne pour illustrer, corriger, épauler, discuter! Mes romans sont toujours issus d’une vie (artistique, intellectuelle, sociale) collective, par exemple au Bloc des auteurs-es anarchistes où nous avons organisé plus de 20 cabarets micro-ouverts à travers le Québec, au Festival international de théâtre anarchiste de Montréal où j’ai monté six pièces, puis au festival de théâtre anarchiste expérimental les Entractes. Je ne me serais jamais rendu jusqu’ici sans mes lecteurs-trices, mes camarades, mes amis-es, je leur dois tout.

Ma démarche

Je partage la conviction d’Émil Cioran qu’un livre doit être dangereux, doit tout remettre en question. Tant qu’à cracher des centaines de milliers de mots, les écrivains-es ont une responsabilité de justifier leur existence. À quoi sert-on? Quoique j’aime la langue, en tant que géographe – et disons, en tant qu’humain – la littérature pour moi a toujours été, restera toujours un moyen à une fin. Et même si les plus nuls dominent le marché (je te regarde, E. L. James), je persiste dans l’exploration littéraire d’une nature humaine sensée. Ce qui m’intéresse, c’est l’immédiateté: la révolte, le désir, la liberté. L’immédiateté, mais dans un contexte (politique, économique) où l’environnement social et naturel sont marchandisés, et ultimement, désintégrés.

Oui, je suis un écrivain engagé, mais faut-il lire par là, « plate à mort »? Quoi, on va se sentir coupables, encore? Fuck that. Non: plutôt que de se bombarder avec de longs manifestes aseptisés, nous traçons ensemble le grand détour dialectique des passions, de la colère, du vécu radicalement honnête en opposition aux forces répressives, pour finalement rejoindre la construction d’une liberté collective ou, pour citer Adorno, « la réactivation de nos origines ».

Ça décape. C’est sensible, parfois. Mais surtout, ça arrache. Ça veut arracher. Il le faut. Ce qui compte, pour reprendre l’écrivain Karl Kraus, c’est ce qu’on détruit.

Pour davantage de bla-bla sur le comment, veuillez consulter mon essai Ce qu’on détruit: douze ans de littérature engagée dans le recueil du Front Culturel.

Les photographes

Dernière note sur le contenant du contenu. Le visuel n’est pas laissé au hasard et, dans la mesure où j’ai un contrôle (ce qui n’est pas toujours le cas), je prends soin de trouver quelque chose qui soit honnête par rapport au contenu même du roman, mais qui innove également et se distancie des clichés. Conséquemment, mes couvertures sont réalisées de concert avec Alex Cherry, Chelsea Knight, Candace « Candylust » Barbieri, David Sénéchal, Julie Brouillard et Samantha Kayleigh Graham.

Ad nauseam

Questions, commentaires, réactions? Écrivez-moi au press [at] daemonflower [dot] com.

Bibliographie

  • Anarchie (avec Anna Kruzynski) dans Dominique Bourg et Alain Papaux (2015), Dictionnaire de la pensée écologique, Presses universitaires de France. pp. 27-29
  • M9A. Il ne reste plus que les monstres (2015) Éditions Sabotart [roman, finaliste prix Jacques-Brossard 2016]
  • Le Cirque Diabolique (2014) Bruno Massé Éditions [roman]
  • L’enfer c’est les z’autres: le zombie (a)politique (2014), dans Angles morts. Différents regards sur le zombie. Montréal: Éditions XYZ, pp. 95-114
  • Strigoiacă (2013) Bruno Massé Éditions [roman]
  • Le jardin des rêves (2013) Guy Saint-Jean éditeur [roman]
  • Anarcho-écologistes et défis de survie: réflexions (auto)critiques (2013, avec Maude Prud’homme), dans Nous sommes ingouvernables: les anarchistes au Québec aujourd’hui.
    Montréal: Lux Éditeur, pp. 119-136
  • Necropolis (2012) Indépendant [roman]
  • The Police Pimp (2012) dans Subversions vol.2, Anarchist Writer’s Bloc, Montréal, pp. 103-114
  • Valacchia (2012) Guy Saint-Jean éditeur [roman]
  • Bunkertor Null: Charlie’s Last Day on the Job (2011) dans Subversions, Anarchist Writer’s Bloc, Montréal, pp. 72-79
  • Écologie Radicale au Québec: pratiques et représentations des groupes écologistes radicaux au Québec, de 2001 à 2007 (2008, réédité 2011)
  • La Quatrième Dimension ou les quarante impératifs de la révolution (2008)  (discontinué)
  • The Red Circle Hymn; Apocalyptic Noir (2009). Subversify Magazine, mis en ligne
    le 13 décembre 2009, 28 p.
  • The Noxious and the Daemon Flower (2007, réédité en 2011) [roman]
  • Introduction au phénomène d’urbanisation dans les pays en voie de développement (avec Anne Latendresse) dans Haslam, Paul et al., Introduction au développement international (2008), Ottawa : Presses de l’Université d’Ottawa, 400 p.
  • Les jardins collectifs et l’agriculture urbaine, formes de renouvellement de la solidarité (2008, avec Myriam Beaudry). Collectif d’études sur les pratiques solidaires. Montréal : Cahiers de l’Alliance de recherche universités communautés en économie sociale (ARUC-ES), 64 p.
  • Darkling One (2007, réécrit en 2009, réédité en 2011) [poésie]
  • L’Aube Noire (2005, réédité en 2011) [roman]

Comme directeur de recherche:

  • Saint-Hilaire-Gravel, Philippe. 2014 (2012). 30 ans au RQGE: une histoire dissidente de l’écologie citoyenne au Québec, de 1982 à 2012, 2e ed. Montréal: Réseau québécois des groupes écologistes. 117 p.