Aporia

Aporia est le nom de projet d’une nouvelle série de romans de fantaisie noire. La rédaction du premier tome a commencé en 2021, avec objectif de publication à l’automne 2023.

Des cendres et des cartes

Aporia. De prime abord, cette terre d’ombres, d’eaux pourpres et de vapeurs intoxicantes s’annonçait mortelle pour les naufragés de la Grande flotte. Énigmatique. Aporétique. Mais les corsaires avaient survécu à l’espace noir entre les étoiles : ils survivraient à cela, aussi. 

Aporia - Preuve de concept
Carte d’Anse aux malices – Preuve de concept

Les engins des vaisseaux furent reconditionnés dans les entrailles du nouveau port. Et les canons, silencieux, pointés vers le ciel.

Gravure d'inspirationAu fil des siècles, le port d’Anse aux malices prospère sous la protection des engins, érige un labyrinthe de tours tordues, manoirs opulents et ruelles étroites, cernées par les remparts. Neuf guildes partagent le pouvoir et s’affrontent, trafiquant en perles et en œuvres d’art décadent, et leurs courtiers s’embourbent dans des intrigues sulfureuses. 

Gravure d'inspiration

Au-delà des murs, exilés et désespérés tentent leur chance au-delà des forêts d’aubépines vénéneuses, des montagnes acérées, des rivières sinueuses et impénétrables. Quelques villages et hameaux surplombent l’Hinterland, où l’on pioche une terre pauvre, extirpant les ressources pour alimenter l’Anse-aux-malices, toujours vulnérables et en proie aux Horreurs qui rôdent dans les marécages.  

Mais une chose est certaine: Aporia se meurt. Les signes avant-coureurs s’accumulent : les filets des pêcheurs reviennent vides, les cultures s’effondrent, la température s’affole et des maladies étranges ravagent les plus jeunes. Combien de temps avant que tout s’écroule?

Gravure d'inspiration

Devant cette fatalité, la plupart des citadins de l’Anse aux malices s’évadent dans l’art et les distractions, le rêve et les effluves de lotus noir. Ils sont habités par une mélancolie collective, cette impression de ne plus reconnaître leur environnement et, en même temps, de ne plus se reconnaître eux-mêmes. Les points de repère s’effacent, l’avenir semble incertain. Le déni est confortable. C’est aussi un luxe.

Mais quelques téméraires tentent de dénouer le mystère et d’affronter la catastrophe. Notre histoire débute à l’interstice entre les injustices passées, le territoire sous nos pieds et le néant qui s’élève au-devant.

Le Cirque des Baladines

Des effluves écarlates se meuvent et prennent forme, tourbillonnent et s’élèvent, goutte après goutte tournoyant jusqu’à joindre les tiges, pétales, là, s’envolant dans la nuit fraîche de l’automne, par dizaines, avant de s’évanouir sous les étoiles.

Des fleurs d’amarante.

Des fleurs de sang.

Le Cirque des Baladines est le nom de travail d’une toute première nouvelle, conçue pour être la « porte d’entrée » dans le monde d’Aporia.

Le pamphlet accroché à l’intérieur du carrosse lit « Chaos, Merveilles et Mélodies ». Spectacle après spectacle, cinq performeuses cheminent à travers l’Hinterland, inéluctablement, dangereusement, vers la Grande finale.

Démarche dans les abîmes

Un artiste à succès peut prétendre qu’une « œuvre parle d’elle-même » et laisser les critiques interpréter, l’Internet spéculer, et le bruit enterrer tout le monde. Quel luxe.

C’est peut-être ma (dé)formation académique, mais j’ai toujours préféré être franc par rapport aux rouages de la création. J’ai aussi de la difficulté à être succinct. Historiquement, ces traits ont culminé en moi qui s’empêtre et s’enterre dans la démarche (le pourquoi, le comment), au lieu de décrire l’œuvre en soit (le quoi). Parce que j’adore la méthodologie, la dialectique, la déconstruction sous-jacente à la création littéraire. Mais c’est pas tout le monde qui trouve ça sexy. C’est correct. Chacun son truc.

En principe, un roman est une fiction, une histoire, un récit, ce n’est pas une thèse. Mais nos vies sont traversées, voire déterminées par des inégalités sociales et la dégradation de la biosphère – il n’y a pas de défi plus significatif. En faire abstraction complètement, c’est pas juste irresponsable, c’est se rendre complice de l’injustice. C’est aussi plus facile. Je préfère quand même ramer à sens inverse, explorer ces thèmes, pas pour quelque fatalisme, ou désirabilité, ou cynisme. Pour combattre.

Concernant l’intention donc, je veux adresser les questions d’effondrement, d’écoanxiété et de solastalgie. Nommément, la crise environnementale et les inégalités sociales nous forçant à tisser des liens avec autrui, à développer une relation immédiate avec le territoire et cultiver notre propre agentivité. Je vais parler d’esthétique, d’espoir, de vengeance, de justice sociale, d’émerveillement – des dimensions vécues d’un territoire peuplé.

Une fantaisie noire géographique.

Vous et moi, on est sensibles. Mais on a aussi horreur des discours moralisateurs, des preachers et des gérants d’estrade. Ce constat, c’est notre point de départ, notre ligne de faîte, le contrat moral qui nous unit. Considérant l’ère du temps, et le besoin – tout à faire compréhensif – de fuir dans le divertissement, j’ai absolument besoin de justifier Aporia, de préciser qu’on ne s’ennuiera pas, qu’on aura du plaisir, et des joies, et des emportements – même s’il y a un sens à tout ça.

Est-ce qu’il faut le dire? Je pense qu’il faut le dire.

La fantaisie noire. Dark fantasy. Dark.

Concernant la forme, la pandémie a été le moment d’une remise en question de ma carrière d’écrivain. Après une dizaine de livres, j’ai dû me demander quel genre de projet pouvait vraiment m’animer et faire du sens dans les présentes conditions structurelles. La fantaisie noire s’est imposée, à chaque détour.

Tandis que la fantaisie classique de Tolkien est connue pour être plutôt simpliste et manichéenne, la fantaisie noire est connue pour sa capacité à susciter des réflexions, marquée par l’humilité, l’ambiguïté morale et la quête de sens. C’est un véhicule de choix pour explorer des thématiques complexes et nuancées. On la connaît par ses excès esthétiques, ses scènes graphiques, mais aussi par le réalisme de ses personnages et l’empathie qu’elle suscite. La saga d’Elric of Melniboné de Moorcock ou la série The Witcher de Sapkowski ont certainement pavé la voie, mais Aporia est une toute nouvelle créature.

La route derrière, la route devant

L’idée d’une série s’échelonnant sur plusieurs titres est la meilleure façon d’explorer le territoire en profondeur, construire des trames puissantes, bref, faire vivre le monde. Dédier autant d’effort et de temps sur une série donnerait aussi une meilleure chance aux amateurs et amatrices de fantastique de connaître ma plume, ce qui, dans notre minuscule francophonie québécoise, est un gigantesque défi en soit. Carpe noctem.

  • Été 2021: rédaction du plan, premières cartes, planification, demande de subvention au Conseil des arts (pour la forme, sans espoir)
  • Automne 2022: rédaction d’une nouvelle (10 000 mots), nom de projet « Le Cirque des Baladines ». Familiarisation avec les techniques, le style, le monde. Soumission de la nouvelle à la revue Solaris.
  • 2022: rédaction du premier tome d’Aporia, nom de travail « L’espace noir entre les étoiles », avec objectif de publication à l’automne 2023.